Méthode ancestrale de fabrication…
Miel de trèfle, glycérine et pierre de porphyre
Il y a maintenant cinq générations qu’une famille belge au nom prédestiné de Blockx produit des petits carrés de couleurs pour les artistes. Chimistes et Jacques de pères en fils, c’est en 1865 que le premier des Jacques Blockx lance sa fabrique.
À cette époque, la Révolution industrielle est bien engagée, les grands ateliers sont fermés et les artistes ne retrouvent plus la même qualité de couleurs. Chimiste passionné par la fabrication des pigments, l’aïeul Jacques se donne alors comme mission de redonner à ses amis artistes « les bonnes couleurs de jadis ».
Bien que les recettes aient changé avec le temps, les mêmes éléments constitutifs sont utilisés depuis le XIXe siècle. « C’est une question d’adaptation, dit Jacques Blockx, les habitudes changeant, nous devons nous adapter » Cette adaptation se fait par l’usage de nouveaux pigments évidemment mais aussi par l’adaptation du liant. « Le liant actuel contient toujours les mêmes ingrédients mais en proportions différentes: moins de miel et de glycérine, plus de gomme arabique, explique Jacques Blockx. Le miel est de trèfles blancs du Canada parce que ce miel est clair et solide», rajoute-t-il.
Le broyage quant à lui est encore réalisé sur un tricylindre en pierre de porphyre. Le fabricant Blockx est des derniers manufacturiers à utiliser ce procédé avec l’usine de peintures pour artistes Talens. Initialement utilisée pour la fabrication des peintures en bâtiment et surclassée par le broyeur à billes, c’est Jacques Blockx II qui a installé cette machine pour remplacer le broyage des pigments à la molette sur une surface de verre. Autrefois, les coloristes produisaient des couleurs intenses et de qualité en utilisant des mortiers en pierre de porphyre pour ses propriétés de dureté et d’imperméabilité.
« Nous sommes tellement persuadés de la supériorité de cette machine que nous en avons même recherché d’occasion pour ne pas en manquer car elle n’est plus fabriquée. Le tricylindre en pierre est irremplaçable dans la mesure où il travaille lentement, donc sans faire chauffer la couleur comme cela peut produire à la main et sans la polluer étant donné les propriétés de la pierre », explique le chimiste. L’opération est ainsi répétée jusqu’à l’obtention d’une pâte onctueuse et souple. « Cela nous donne des aquarelles fluides d’une grande pureté et d’une grande transparence », dit Jacques Blockx IV.
C’est la vivacité de ces couleurs qui a incité l’artiste peintre Gaby Labbé à les rendre accessibles aux artistes québécois. « Ayant travaillé jusqu’à maintenant l’acrylique sur toile, c’est en rencontrant une aquarelliste qui exposait en même temps que moi que j’ai observé une réel différence dans la qualité et dans la brillance des couleurs. Cela m’a tellement impressionné que j’ai entrepris des recherches sur ces produits », explique Gaby Labbé.
Les couleurs haut de gamme de la maison Blockx étaient disponibles un peu partout à travers le monde sauf au Québec. Cette lacune est désormais comblée.
André Piché
L’aquarelliste décembre 2007
volume 23
numéro2
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